15.07.2017 / Medien / /

Homosexuel, père et candidat PDC à l’exécutif de la ville de Zurich

La presse alémanique s’étonne, s’étouffe, s’émerveille: l’annonce de la candidature au Conseil exécutif de Zurich de Markus Hungerbühler (PDC), gay et jeune papa, fait débat outre-Sarine

«Un candidat au Conseil exécutif zurichois propulse une délicate question de valeurs dans la campagne électorale.» Dans une analyse, le quotidien Bund commente samedi avec une certaine ironie ce qui se passe du côté de Zurich: «Le président du PDC Gerhard Pfister ne s’attendait sans doute pas à cela, lorsqu’il a lancé son débat de valeurs. L’un de ses collègues zurichois se porte candidat à l’exécutif de la ville en ouvrant une discussion sur un thème qui contrevient aux valeurs traditionnelles du PDC!»

«La contradiction vivante du PDC zurichois change des couches avant la campagne»

Il se trouve que Markus Hungerbühler, politicien engagé depuis 20 ans au sein du Parti démocrate-chrétien, a été désigné candidat au Conseil exécutif de la ville de Zurich par les délégués de son parti pas plus tard que la semaine dernière. Lors de cette assemblée, il a indiqué qu’il était devenu papa récemment. «Une raison de se réjouir, pourrait-on penser – mais pas pour tout le monde, écrit la NZZ. Le présumé problème: Hungerbühler est homosexuel et vit depuis des années avec son partenaire; sa petite fille est née d’une mère porteuse aux Etats-Unis.»

La gestation pour autrui (GPA) est interdite en Suisse. Le PDC s’oppose fermement à sa légalisation. Lors des débats récents sur l’octroi d’autres droits aux personnes LGBTI (mariage homosexuel, adoption de l’enfant du conjoint, acquisition de la nationalité au sein du partenariat enregistré, etc.), le parti centriste s’est souvent montré écartelé. Entre ses sections urbaines et rurales. Entre ses sections femmes et hommes. La NZZ s’en inspire pour son titre à propos de la situation de Markus Hungerbühler: «La contradiction vivante du PDC zurichois change des couches avant la campagne.»

«Incompatible avec le PDC»

Le quotidien 20 Minuten a sondé la «base du PDC» sur la candidature du jeune papa gay, par ailleurs président de la section PDC de la ville de Zurich et vice-président du parti cantonal. «Une gestation pour autrui est incompatible avec un parti qui porte le C dans son nom»; «la poursuite de son propre bonheur contraste fortement avec la dignité humaine», estiment deux anonymes partisans. Des avis que Markus Hungerbühler prend de manière détachée. Comme membre du groupe LGBTI du PDC Suisse, il estime qu’il y a de la place au sein de son parti «pour beaucoup d’avis et de formes d’unions.» Il regrette toutefois au passage que les critiques de ses collègues soient anonymes.

Le magazine 360° se réjouit en revanche qu’un élu PDC brise le tabou de la GPA. «Voilà un certain temps qu’en Suisse, l’élection de personnalités ouvertement gays ou lesbiennes dans les exécutifs municipaux ne fait plus vraiment les gros titres. Et certainement pas à Zurich, dirigé depuis 2009 par la socialiste Corine Mauch, qui vit en couple avec une femme.» En revanche la vie de famille des homosexuels reste un tabou en Suisse, estime le magazine engagé.

Vie privée, vie publique

Pour le Bund, le «nombre de couches que change Markus Hungerbühler chaque jour appartient à sa vie privée.» Mais quand même, poursuit l’analyse du quotidien bernois: le «cas Hungerbühler illustre de manière exemplaire la situation de nombreux couples qui veulent des enfants malgré des barrières biologiques».

Le phénomène de la gestation pour autrui reste marginal en Suisse, rétorque la NZZ. Selon un sondage mené par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel auprès de ses membres, seuls 3% des couples gays ayant un désir d’enfants se décident pour cette voie. L’Office fédéral de la justice a connaissance de 30 cas de gestation pour autrui. Une juriste spécialisée parle de 500 à 1000 enfants nés par mère porteuse vivant en Suisse – dont la plupart dans des foyers toutefois hétérosexuels, éclaire la Neue Zürcher Zeitung.

Revenant sur la soudaine aura médiatique du candidat PDC zurichois de 42 ans, le St-Galler Tagblatt semble un brin emprunté sur le vocabulaire: «Markus Hungerbühler est «co-père» d’un enfant venu au monde par une mère porteuse, écrit-il. Depuis, beaucoup de choses ont changé dans sa vie.» Mais sans doute pas ses convictions politiques. Le quotidien saint-gallois rappelle l’ancrage résolument bourgeois du candidat PDC. Directeur de la section Zurich/Schaffhouse de la Société suisse des entrepreneurs, Markus Hungerbühler est vu plutôt comme le second lieutenant de l’UDC et du PLR que le chouchou des Verts et de la gauche au Conseil municipal zurichois (législatif) où il siège aujourd’hui. «Ce qui amène à se demander si le libéralisme sociétal affiché par Hungerbühler va plus lui nuire ou lui servir» dans la campagne à venir, conclut le St-Galler Tagblatt.

Quelle: Lise Bailat | letemps.ch